Comment les nouveaux médias peuvent-ils sauver le soldat Chercheur ?

how-could-new-media-be-the-researchers-new-paths-of-gloryEnseignant et/ou chercheur et/ou communicant

Dans notre monde technologique, le grand public s’intéresse de plus en plus à des sujets comme les nanotechnologies, les cellules souches, le nucléaire, le changement climatique, les organismes génétiquement modifiés, les perturbateurs endocriniens … Autant de thématiques qui exigent un débat réfléchi et éclairé.

Pour autant, force est de constater que la communauté scientifique est encore peu disposée à expliquer ses démarches et résultats de manière accessible. Les universitaires sont non seulement sollicités sur ces questions mais ont aussi un devoir de formation, de transmission. Or combien d’entre nous n’ont pas déjà constaté chez certains membres de la communauté académique un certain malaise, voire une forme d’irritation à devoir quitter un moment leur trône de chercheur ?

Vous me direz, j’exagère un peu. Un peu, mais pas tant que ça. De nombreux excellents scientifiques sont de piètres communicants car Ils n’ont pas été formés à jouer le rôle d’éducateurs auprès du grand public. Enfin, une certaine partie d’entre eux considère qu’ils n’ont rien à gagner à investir du temps dans la transmission du fruit de leurs recherches, sinon sous la forme d’articles complexes destinés à leurs propres communautés, ce qui constitue bien sûr la base du métier. La situation française, où les EPST (CNRS, INSERM, INRA, etc…) créent des postes de chercheurs à temps plein qui sont dispensés d’enseignement, peut également renforcer le phénomène.

Internet, c’est le diable ! Enfin il paraît …

Contre toute attente, c’est peut-être le web qui créera des ponts entre les universitaires et le grand public : cette chose que les intellectuels ont tendance à regarder de haut, ce monde parallèle (comme si le monde réel ne suffisait pas !), cette force perturbatrice que même les médias classiques ont tant de mal à maîtriser.

Je ne vous ferai pas l’insulte de m’étaler sur la rapidité de l’information, la variété des formats, la fiabilité des sources etc.  Cela dit, pour rester pertinentes, les universités s’adaptent : après avoir pris le pli des réseaux sociaux depuis quelques années, elles cherchent désormais parmi leurs cohortes de professeurs des « champions » capables d’animer MOOCs, blogs et autres chaînes Youtube. Inexorablement, le métier d’académique est en train de se transformer. Alors qu’auparavant on venait de l’extérieur (le public, les étudiants …) pour voir les académiques, c’est de plus en plus à ces derniers de faire le pas vers l’autre. Ajoutez à cela un nombre croissant de journaux pseudo-scientifiques et voilà nos académiques presque contraints d’entrer dans le débat sous peine, soit de laisser passer des contre-vérités, soit d’être relégués à l’écart.

De nombreux diplômés rapportent aujourd’hui qu’ils ont choisi d’être chercheurs précisément pour contribuer à la marche du monde, partager leur savoir, faire la différence. Le monde universitaire saura-t-il évoluer assez et s’ouvrir à ces pratiques émergentes ? Parfois perçus comme retranchés dans leur tour d’ivoire, les scientifiques des générations précédentes ont-ils plus à craindre qu’à apprendre de ces nouveaux professeurs 2.0 ?

La revanche des sites

Heureusement, dans ce contexte de questionnements naissent des lueurs d’espoir. En France, cela a commencé autour de 2010. En investissant dans la modernité à travers le web 2.0, les écoles les plus précoces ont dû trouver ces fameux « professeurs champions », jeunes et motivés. Certes, ils aspiraient à être hyper-pertinents pour leur communauté, mais dans un monde de plus en plus faits d’images et de représentations, ils aspiraient aussi au quart d’heure de gloire cher à Andy Warhol. Et pourquoi pas : à se bâtir une image ! Eh oui !

Quoi de plus naturel alors, que des communicants s’associant à des professeurs pour créer de l’attractivité pour l’école ? Je ne parle pas ici que de séduire les seuls étudiants potentiels, mais aussi les médias et la Presse, toujours en quête d’experts pour analyser rapidement et une situation d’actualité. Enfin espérer attirer d’autres scientifiques qui seront heureux qu’on porte leurs travaux sous les feux de la rampe, pour peu qu’ils acceptent l’idée d’en simplifier l’accès, le prime abord.

Le monde universitaire change, certes ici plus lentement que là, mais on n’entend plus dans les couloirs de « Je ne comprends pas comment on peut payer quelqu’un à être sur Youtube » et c’est une bonne chose. En revanche, on a entendu au cours de ces dernières années de plus en plus de « Il est très bien le film que tu as fait avec tel prof sur la question des trous noirs, mais pourquoi ne m’as-tu pas demandé à moi ? » ou encore « Peux-tu m’aider à créer un blog ? », et ça aussi c’est bon signe.

Dans la conversation sur les nouveaux médias, initiée par les responsables éditoriaux, les gestionnaires des relations publiques et les étudiants, s’engagent aujourd’hui les doyens, les présidents, les chercheurs. il est de plus en plus question d’influence, d’échange, de transmission du savoir. Transmission qui, rappelons-le, est le premier engagement d’un universitaire.