« Teach less, learn more » : le Forum 2017 Higher Education Leaders Asia marqué par les chocs démographiques et la transformation nécessaire des modèles.

La formule a sonné comme un motto lors du millésime 2017 du Forum Higher Education Leaders Asia les 28 février et 1er mars 2017 à Kuala Lumpur. Autour du Chairman Pierre Tapie, les questions des chocs démographiques, des grandes transformations institutionnelles et pédagogiques et du marketing de l’enseignement supérieur ont été très largement posées.

Le format retenu pour ce forum 2017 des Higher Education Leaders Asia a permis à un grand nombre d’intervenants de s’exprimer, 27 au total. Participants compris, 9 pays de la zone Asie-Pacifique y étaient représentés : Malaisie, Thaïlande, Australie, Hong-Kong, Thailande, Indonésie, Japon, Singapour et Oman. A l’exception d’Ellucian (sponsor de l’événement ; société de services informatiques spécialisée dans l’enseignement supérieur) et de Paxter, représentée par Pierre Tapie, tous les participants étaient des universitaires issus de la zone géographique.

LES ENJEUX DE LA DÉMOGRAPHIE

L’étude NEXT15 de Paxter, qui permet des projections sur 15 ans de la démographie étudiante dans le monde, et en particulier dans la zone Asie-Pacifique, a servi de base à la conférence donnée par Pierre Tapie « How can your institution prepare the next 15 years in the age of demographic and digital disruption ? »

Même si chaque intervenant universitaire a cherché à exposer la stratégie gagnante de sa propre institution, l’ambiance générale du forum a clairement mis en lumière la vulnérabilité actuelle des institutions d’enseignement supérieur dans un « VUCA world » : « Volatile, Uncertain, Complex and Ambiguous World ». Dans un contexte extrêmement concurrentiel, et face à des prévisions démographiques très variables selon les pays, la tendance impose au système éducatif de se comprendre de plus en plus comme un « business », directement influencé par les contraintes du marché.

Plusieurs responsables ont déjà constaté la baisse démographique prévue par PAXTER : pour eux, attirer des étudiants étrangers devient donc un enjeu capital. Le spectre d’une disparition en nombre d’institutions a été évoqué avec la question sous-jacente : que vaut le diplôme d’une école qui a disparu ? De fait, les gouvernances, y compris les plus traditionnelles, ne peuvent plus s’affranchir d’une stratégie claire et d’une gestion saine. Bien sûr, la trajectoire ne sera pas la même selon qu’on est une université traditionnelle ou nouvelle.

PARTENARIATS UNIVERSITÉ INDUSTRIE

La fragilité financière des institutions dans la région, en particulier en Malaisie, a été abordée ouvertement. Il semblerait que les deux seuls financements historiques (subventions gouvernementales + droits de scolarité) font de plus en plus débat : fragilise ou renforce t-on une institution selon que l’on diversifie plus ou moins les ressources, au risque de perdre un peu le cœur de métier ?

Entre universités publiques entièrement opérées par l’État et les établissements privés, plusieurs niveaux de partenariats financiers existent, mais la tendance majoritaire est au désengagement des États (à l’exception des universités publiques de Singapour). Modèles mixtes, partenariats entreprises, incubateurs, chaires de recherche … Plusieurs possibilités sont aujourd’hui explorées par les universités pour travailler avec les entreprises et pérenniser leurs modes de financement, ce qui n’est pas sans conséquences sur le mode de fonctionnement même de ces institutions. La réflexion sur les partenariats semble souvent abordée dans un contexte d’urgence. Les institutions, notamment publiques, semblent manquer d’information et de capacité d’investissement pour transformer leur modèle. Cependant, le retour sur investissement des collaborations entreprises/universités n’étant pas instantané, les deux parties devront bien construire ensemble une stratégie globale, un projet, tout comme le font les Grandes Écoles en France depuis longtemps. Ces types de partenariats bien connus en France semblent progresser encore timidement dans l’esprit des universitaires de la zone Asie-Pacifique

DE NOUVELLES PÉDAGOGIES POUR DE NOUVEAUX BESOINS

Les représentants de plusieurs pays, en particulier le Japon ou Taiwan, ont exprimé leurs difficultés à faire correspondre les besoins des entreprises avec l’offre universitaire. L’employabilité a été abordée de façon extrêmement pessimiste.

En toute logique, de plus en plus d’institutions universitaires, y compris les plus traditionnelles, s’intéressent aux nouvelles tendances pédagogiques. Toutes soulignent la nécessité de définir les nouvelles compétences qui permettront aux jeunes d’affronter un univers dans lequel la moitié, voire les deux tiers des métiers n’existent pas aujourd’hui. C’est cette urgence qui est résumée cette année sur toutes les lèvres dans la strap line : « Teach less, learn more », mettant l’expérience et le développement des « non cognitive skills » au centre des préoccupations nouvelles des universitaires.

Tout autant, la question de la transformation digitale a été largement évoquée, la compétence digitale innée des nouveaux étudiants devant absolument rencontrer une offre satisfaisante de la part des institutions. Moocs, bureaux virtuels et portails étudiants sont aujourd’hui vus comme un package « normal » qu’il faut réussir à dépasser.

ENSEIGNER DANS UN « VUCA WORLD »

Tout cela transforme considérablement les compétences nouvelles demandées aux professeurs (voir notamment le papier Comment les nouveaux médias peuvent-ils sauver le soldat Chercheur ?, publié en février sur www.educationmatters.blog), et les établissements devront adapter leurs politiques de ressources humaines (formation continue des enseignants, nouveaux métiers d’accompagnement, nouveaux modèles d’évaluation, etc …).

De quels enseignants l’université de demain aura t-elle besoin ? Un certain mix des professeurs existe déjà en Europe, avec moins de professeurs de carrière permanents et plus d’intervenants venus de l’entreprise. A côté des full professors traditionnels, enseignants chercheurs garants d’un savoir qu’ils construisent très largement eux-mêmes, se développe l’embauche de personnels qui travailleront à l’université après une expérience professionnelle significative. La célèbre école de commerce IMD en Suisse, par exemple, recrute des experts à 50/55 ans très bien payés qui enseigneront pendant 5 à 15 ans et seront remplacés.

Au-delà des interrogations largement prises en charge, il faut retenir le dynamisme confirmé des asiatiques dans le secteur de l’enseignement supérieur. Si des entreprises et/ou des institutions universitaires de France souhaitaient s’implanter dans cette région du monde déjà bien investie par des acteurs divers (en particulier britanniques et australiens), les questions de l’originalité du positionnement, du choix du partenaire et de l’implantation géographique seraient cruciales.

Tous ces changements sont importants et ont révélés des questionnements nouveaux lors du Forum 2017 Higher Education Leaders Asia, car la vitesse d’évolution d’un « VUCA world » fait que les universités de la région qui réussiront seront celles qui conjugueront une grande agilité dans les enseignements et méthodes, et une capacité à être puissantes et à préserver l’excellence sur quelques sujets spécifiques.

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