« Entrepreneur : pourquoi pas moi ? » : Incubateurs étudiants, des effets systémiques

Pierre Tapie, à l’origine de la création des incubateurs de l’Ecole d’ingénieurs de Purpan dès 1988 et de l’ESSEC dans les années 2000, apporte son témoignage sur la dernière étude de la CGE qui systémise le lien gagnant-gagnant entre incubateurs étudiants et dynamiques territoriales.

La Conférence des Grandes Ecoles a récemment publié (mars 2017) une étude nommée INCUBATEURS DES ETABLISSMENTS D’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE RECHERCHE, ET DYNAMIQUE TERRITORIALE qui décrit très bien, par sa typologie en quatre quadrants, la variété des incubateurs qu’opèrent les écoles. Je souhaiterais évoquer en sus l’expérience à la fois transformante et paradoxalement peu consommatrice de ressources que peuvent avoir ces incubateurs au sein des écoles, à partir des incubateurs de l’École d’Ingénieurs de Purpan, créé dès 1988, et du développement à grande échelle des quatre incubateurs de l’ESSEC dans les années 2000.

Les résultats ont été spectaculaires, car conjugués à une politique intégrée de l’École pour la promotion de l’entrepreneuriat. À Purpan, 10% des étudiants sortis depuis moins de 7 ans étaient entrepreneurs ; l’ESSEC est passé en 10 ans de 2 à 3 entreprises créées sur 5 à 6 incubées à 45 créées par an sur 90 incubées.

Dans les deux cas il s’agissait bien d’un engagement institutionnel, dans lesquels différents outils étaient mis à la disposition des étudiants : filière de formation spécialisée, espaces physiques, société de capital d’amorçage, mise en relations avec un écosystème d’entrepreneurs.

« Etre très bienveillants face aux idées a priori saugrenues »

Dans ces deux expériences, le point à noter, avec le recul, semble le pouvoir transformateur élevé d’une équipe limitée composée d’un ou deux professeurs alliés à un ou deux permanents d’ingénierie pédagogique. Il n’en faut pas plus, si le support institutionnel est entier, et si ces personnes ont un vrai pouvoir de conviction, pour qu’une filière attractive se crée, et que les étudiants soient peu à peu convaincus par d’autres étudiants. L’enjeu est de faire percevoir l’entrepreneuriat comme une hypothèse « ordinaire » d’avenir professionnel, en sortant l’entrepreneur d’une catégorie héroïque qui par construction serait réservée à un très petit nombre d’individus exceptionnellement courageux et talentueux. « Entrepreneur : Pourquoi Pas Moi ? » pourrait être un bon motto pour une telle démarche.

Les animateurs de ce type d’espace présentent un profil particulier : professeurs passionnés de pédagogie de l’entrepreneuriat, ouverts à un large spectre de secteurs, coaches tous-terrains disposant d’un solide carnet d’adresse ; ils doivent surtout être très bienveillants face aux idées a priori saugrenues, et aptes à soutenir les moments inévitables de découragement que traversent les entrepreneurs en herbe.

Si l’école est de grande dimension, on peut avoir intérêt à créer plusieurs espaces sociaux spécialisés pour des entreprenariats dans des secteurs assez différents. Ainsi à l’ESSEC nous avions créé quatre incubateurs : un pour des entreprises de services « for profit », un en entrepreneuriat social, un pour l’entrepreneuriat technologique, et un spécialisé en médecine humaine ; les deux derniers en alliance avec des partenaires spécialisés. Ainsi des étudiants passionnés par des secteurs assez distincts trouvent-ils toujours aujourd’hui chacun l’espace de leurs préférences. Réciproquement, ces incubateurs typés affirment une compétence particulière de l’école qui du coup attirait de plus en plus de projets de grande qualité venant de l’extérieur.

Ce billet voulait simplement témoigner de l’effet transformateur systémique d’un incubateur, s’il est pleinement utilisé par son intégration à d’autres éléments d’une pédagogie de l’entrepreneuriat. En outre, tous les 7 à 10 ans, une forte plus-value est parfois dégagée d’un petit nombre de projets : bien gérée, la chose peut s’avérer très rentable. Financer les bâtiments des étudiants de demain par l’association au succès entrepreneurial des étudiants d’hier fait partager un succès qui lui-même motive les étudiants futurs : l’entrepreneuriat devient alors cercle vertueux.

Pierre TAPIE,
Fondateur de PAXTER, Stratégie institutionnelle.


Téléchargez l’étude CGE/Caisse des dépôts/INNOECO ici

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