Que se passe-t-il en Sciences de la vie et de la terre ? Pourquoi faire un Doctorat ?

Pourquoi faire un doctorat ? Cette question semble incongrue dans la plupart des pays développés, tant le diplôme et le titre sont prisés dans la plupart des entreprises étrangères : c’est que la formation acquise pendant le doctorat dépasse largement le seul aspect scientifique d’une recherche souvent très pointue.

Selon Jacques Fayolle, vice-président de la CDEFI (conférence des directeurs d’écoles françaises d’ingénieurs), un docteur, c’est quelqu’un qui a « acquis des compétences dans un monde complexe. Un docteur c’est un professionnel qui a appris à rendre des comptes, à gérer la propriété intellectuelle, à gérer un budget dans le cadre de projets financés par l’Union européenne ou l’Agence nationale de la recherche (ANR). C’est un professionnel qui sait travailler dans un contexte multiculturel, sait faire du reporting en anglais et s’est frotté à la mondialisation en participant à la veille mondiale sur l’innovation. Un docteur est quelqu’un d’à la fois autonome, pour porter son projet et défendre son travail devant un jury, et de collectif, pour gérer ce projet dans un espace plus large. Enfin il a acquis des capacités de synthèse pour convaincre. Autant de compétences qui intéressent les entreprises bien au-delà du seul aspect scientifique. »

L’auteur de ces lignes a toutes les raisons d’être optimiste sur la qualité et la pertinence de la formation doctorale :  une étude récente du CEREQ montre que les docteurs en sciences de l’ingénieur accèdent rapidement à l’emploi stable (79% d’entre eux), et 71% travaillent dans la recherche, publique ou privée après leur doctorat.

L’adéquation de la formation doctorale aux besoins du marché du travail semble donc réalisée dans cette spécialité. Sans surprise, les docteurs en Mathématiques, physique et chimie ou en droit, économie, gestion ou sciences sociales trouvent également assez facilement leur place sur le marché du travail. Même le doctorat en lettres ou sciences humaines peut être une formation pertinente : cette même étude nous apprend en effet que les docteurs en lettres et/ou sciences humaines accèdent pour 57% d’entre eux rapidement à l’emploi, même si pour plus de la moitié d’entre eux, cet emploi ne se situe pas dans le secteur de la recherche : la formation doctorale se valorise donc largement au-delà des compétences scientifiques.

Dans ces conditions, c’est la situation professionnelle des docteurs en sciences de la vie et de la terre qui peut sembler particulièrement peu enviable : serait-elle à l’origine de la piètre réputation du doctorat en France, pour l’accès à l’emploi ?

Certes 7% des docteurs en SVT sont très vite recrutés dans la recherche publique et 15 % d’entre eux ont accès rapidement à un poste en R&D dans le secteur privé, ce qui correspond certainement au formidable effort de recherche indispensable dans les secteurs de la pharmacie et des biotechnologies. Mais l’enquête du CEREQ montre ce sont les docteurs en SVT qui connaissent la plus mauvaise situation vis-à-vis de l’emploi : ce sont les seuls docteurs qui connaissent un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale (12%), et 52% d’entre eux ne sont pas parvenus à un emploi stable en cinq ans. Si 40 % des docteurs en SVT sont dans la recherche publique, 6 sur 10 de ces derniers sont encore dans des situations précaires cinq ans après la soutenance de leur thèse : ces chiffres mériteraient d’être éclairés par des études complémentaires, tant quantitatives que qualitatives, interrogeant le nombre de docteurs formés, les sujets, les modalités et la qualité des thèses effectuées, les motivations des doctorants, mais également les modèles de gestion des ressources humaines dans les laboratoires de recherche publics …

Risquons deux hypothèses, ni exhaustives ni concurrentes.  La première : de nombreux étudiants biologistes s’émerveillent pour la découverte approfondie de la nature ; faire une thèse est une occasion rêvée pour cela, et ils vont se plonger dans leur sujet avec acharnement, voire s’y identifier, ce qui les rend peu flexibles ensuite vis-à-vis des opportunités d’emploi. La seconde : les directeurs de laboratoires, dans des disciplines chronophages sur le plan des expériences ou des observations de terrain, peuvent avoir intérêt à maximiser le nombre de petites mains compétentes et passionnées, demeurant dans leurs équipes bien au-delà du temps imparti à la thèse. Ce propos n’est pas jugement, mais évocation de risques avérés.

Seule une compréhension fine des difficultés d’insertion des docteurs en sciences de la vie et de la terre permettra de faire apparaître la pertinence de la formation doctorale et ses conditions dans cette discipline ; Il y va de la crédibilité du titre de docteur en France.


http://www.cereq.fr/publications/Cereq-Etudes/Les-cinq-premieres-annees-de-vie-active-des-docteurs-diplomes-en-2010

https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Doctorat/79/9/NI_17.06_-_Les_debuts_de_carriere_des_docteurs_762799.pdf

http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/03/07/doctorat-et-phd-des-valeurs-sures-a-l-international_5090488_4401467.html

http://orientation.blog.lemonde.fr/2017/02/07/doctorat-et-entreprises-un-duo-gagnant/

http://etudiant.lefigaro.fr/article/le-doctorat-un-diplome-qui-rapporte-peu_3df597a0-1843-11e7-88d6-e7c3ba8773d7/


Illustration : Goodluz
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