Affronter le tsunami éducatif en Afrique : le digital, outil puissant et incontournable

En 2040, il y aura 2 milliards d’habitants en Afrique dont la moitié sera âgée de moins de 25 ans. Les enjeux de l’éducation sont colossaux et une simple adaptation des modèles existant ailleurs ne pourra répondre à la demande explosive. L’efficacité commande des innovations organisationnelles et la rencontre d’acteurs diversifiés, parmi lesquels le digital devra prendre toute sa place.

Il reste aujourd’hui 38% d’analphabètes en Afrique, et plus de la moitié des parents ne peuvent aider leurs enfants dans des apprentissages scolaires. Entre 2013 et 2030, 20 millions d’étudiants supplémentaires sont attendus en Afrique, pour une population initiale de 8 millions seulement en 2013. Quelles solutions imaginer pour des défis aussi massifs ?

Ces trois chiffres montrent combien l’éducation en Afrique va constituer un enjeu absolument déterminant des décennies à venir, non seulement pour l’Afrique bien sûr, mais pour l’équilibre de la planète. Que ces jeunes reçoivent une instruction qui les transforme en citoyens économiquement autonomes, citoyens du monde, ou qu’ils se retrouvent par millions comme désespérés analphabètes proie des extrémistes de tous bords, et les grands équilibres économiques et géopolitiques mondiaux en seront très différents.

La massification des nombres à éduquer en Afrique touche l’ensemble des niveaux d’éducation : formation de base pour les enfants, enseignement secondaire, enseignement supérieur, la formation continue. La vitesse de croissance de ce tsunami démographique va poser des questions nouvelles insolubles selon les modes d’organisations habituels du secteur : les travaux de PAXTER NEXT15years montrent que l’Éthiopie devrait passer de 0,6 à 3,6 millions d’étudiants en 17 ans, le Nigeria de 1,7 à 6,6 millions, et la Tanzanie de 0,2 à 1,8 millions. Il sera impossible de trouver les professeurs dûment formés pour répondre à de telles croissances, et le numérique peut permettre d’envisager de reposer les questions pédagogiques autrement. Répondre à une telle montée en puissance demande à conjuguer l’accessibilité à très bas coût de contenus pédagogiques standardisés de haute qualité, des formes pédagogiques de co-apprentissage où les jeunes d’un ou deux ans de plus seraient responsabilisés en situation de « moniteurs » auprès de plus jeunes, et une capacité d’accès au numérique également à bas coût pour atteindre des zones très dispersées sur un territoire.

Il n’est pas sûr que la prise de conscience de la taille de cet enjeu soit totalement partagée, ni que les Etats ou les Partenaires Techniques et Financiers, chacun dans leurs procédures rigoureuses et leurs exigences, s’adaptent assez vite à ces réalités. La réponse à un tel défi exige une capacité de travail commun entre des acteurs privés tels que les fabricants de contenus, les éditeurs de logiciels, les fournisseurs d’accès, les start-ups, qui ont un rôle de locomotive car l’innovation leur est souvent plus « simple », et les acteurs publics, qui sont conscients de l’importance du développement de leur pays et de leur besoin de réaction face au numérique. Certaines formes rigides d’organisation, comme des appels d’offre publics, ne donnent pas assez de protection aux start-ups, ou constituent des barrières d’entrée telles, que de nombreuses opportunités de faire vite et bien sur de nombreux sujets sont perdues : l’efficacité commande des innovations contractuelles.

Ce défi de la massification rencontre par ailleurs une évolution des attentes des jeunes qui représente une opportunité pédagogique intéressante. Plus les jeunes sont éduqués aujourd’hui, plus ils ont tendance à vouloir apprendre « anything, anywhere, at anytime », en demandant une extrême personnalisation, permise par le numérique ; de nombreuses entreprises et start-ups spécialisées dans l’Edutech apportent des réponses à cette attente. Les MOOCS en sont une (le e-learning ayant explosé de 300 % ces 10 dernières années dans le monde), les espaces de travail collaboratif en ligne en sont une autre mais il en reste de multiples à inventer, développer et mettre en oeuvre.

25880119 - portrait of three african girls playing leisure games on tablet.

Ainsi la digitalisation des programmes d’enseignements pour tous niveaux d’éducation dans tout secteur de formation, et notamment pour la formation des jeunes enseignants et des jeunes formateurs professionnels, représente-t-elle une remarquable opportunité au croisement entre ce besoin massif et ce goût des jeunes futurs formateurs, aussi bien pour des contenus de formation initiale que pour des formations continues dans des secteurs précis, comme la santé par exemple. Si les partenaires techniques et financiers consacraient systématiquement au moins 10% de leurs dépenses éducatives au digital, cela représenterait une nouvelle capacité d’innover, pour envisager des prototypes susceptibles d’être étendus à très grande échelle.

L’adaptation de cet écosystème pédagogique à des langues, des territoires et des structurations financières différents représente un défi ; certaines institutions s’en sont déjà emparées en créant notamment des programmes éducatifs permettant de réduire l’illettrisme, d’aller vers une qualité standard de l’enseignement, ou bien de former des étudiants en codage ou des data scientists, mais nous n’en sommes qu’au début.

Un défi complémentaire très intéressant est l’opportunité que représente le numérique, et son extrême souplesse et adaptabilité, pour professionnaliser l’économie informelle, qui dans de nombreux pays africains représente souvent 90% des emplois. Il y a là des millions de personnes très débrouillardes, flexibles, que le numérique peut aider à gagner une économie plus formelle, sous réserve qu’ils y aient intérêt.

Le couplage entre la puissance du numérique et la demande explosive de l’éducation en Afrique crée, si on sait la saisir, à la fois une opportunité business et une occasion de servir l’intérêt général.

 

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