Démographies étudiantes : les surprises de l’ASIE

Dans notre précédent post de blog, nous avons parlé de « tsunami éducatif » en Afrique. Où en est l’Asie qui a porté l’essentiel du doublement du nombre d’étudiants dans le monde entre 2000 et 2015 ?

L’Asie sera bien la zone géographique où se concentreront plus de la moitié des étudiants nouveaux d’ici 2030 mais la croissance relative est beaucoup plus modérée, et surtout les situations sont contrastées et les évolutions extrêmement rapides : il existe plusieurs pays dans lesquels  le secteur économique de l’enseignement supérieur est fragilisé par la baisse du nombre d’étudiants.

Comme l’ont montré les études de Paxter[1], le taux d’accès à l’enseignement supérieur dépend essentiellement de la richesse d’une population, mesurée en PIB/Hab, Le nombre total d’étudiants dépend donc à la fois de la richesse du pays et du nombre de jeunes en âge d’étudier.  Que se passe-t-il lorsqu’un pays a achevé sa transition démographique ?

Si le taux d’accès à l’enseignement supérieur augmente significativement avec le PIB/Hab dans le cas de pays à faible revenus, dans le cas de pays à revenus élevés, ce taux d’accès tend à atteindre un plafond, variable suivant la culture des pays.

En Asie, certains pays développés ont déjà atteint le maximum de taux d’accès à l’enseignement supérieur. C’est en particulier le cas en Corée du Sud, où après avoir atteint 71% en 2011, le taux d’accès à l’enseignement supérieur semble s’être fixé entre 67,5% et 68%[2]. Le gouvernement encadre en effet très précisément par quota le nombre de places dans les différentes institutions d’enseignement supérieur, aussi bien publiques que privées, pour « rencontrer la demande sociale[3] ». Le nombre de naissances diminue régulièrement en Corée, et le nombre total d’étudiants baisse et va continuer à baisser. Pour maintenir la qualité de la formation, le gouvernement s’est engagé dans une politique de restructuration du secteur[4], largement dominé par des acteurs privés.

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Dans une moindre mesure, le Japon se trouve confronté lui aussi à la baisse du nombre total d’étudiants du fait de la baisse des effectifs des jeunes en âge d’étudier.

C’est également le cas de Singapour. Mais la cité État s’est positionnée comme « hub » pour l’enseignement supérieur, accueillant dans ses institutions de nombreux étudiants étrangers qui permettent de soutenir le secteur. Cependant, l’accueil d’étudiants étrangers ne peut guère être considéré comme une solution pour restructurer l’enseignement supérieur d’un pays important : en effet, les statistiques montrent que seuls 2,2% des étudiants effectuent leurs études dans un autre pays que le leur[5].

On pourrait s’imaginer que cette baisse du nombre d’étudiants ne concernent que des pays à revenus élevés. En fait, certains pays à revenus intermédiaires se trouvent déjà confrontés à la baisse du nombre de leurs étudiants. En Thaïlande ou en Malaisie, la baisse de la natalité a été tellement rapide que l’augmentation du taux d’accès à l’enseignement supérieur lié à l’accroissement du PIB/Hab ne permet pas de compenser la baisse du nombre de jeunes en âge d’étudier. Ces exemples invitent les opérateurs, dont certains avaient beaucoup investi dans ces deux pays, à la plus grande prudence.

Capture d_écran 2018-10-08 à 16.13.23Où se trouveront donc les nouveaux étudiants asiatiques ? En Chine, la croissance économique et l’investissement éducatif pour des enfants devenus rares devrait compenser dans les prochaines années la baisse du nombre de jeunes en âge d’étudier, et le secteur de l’enseignement supérieur restera en croissance jusqu’en 2030. Dans ce géant démographique, l’augmentation représente un nombre considérable d’étudiants. La situation de l’Inde est encore plus étonnante : ce pays  conjugue des classes d’âge nombreuses et une forte croissance économique et d’ici 2030, un tiers des étudiants supplémentaires dans le monde seront indiens. Cependant en Inde la transition démographique est en cours, comme dans d’autres pays qui représentent des marchés porteurs pour l’enseignement supérieur dans les 12 prochaines années : Bengladesh, Indonésie, Pakistan, Philippines totaliseront près de 7 millions de nouveaux étudiants d’ici 2030.

En matière de démographie et plus particulièrement de démographie étudiante, l’Asie reste le laboratoire du monde : les transitions démographiques y sont rapides et spectaculaires, largement corrélées à l’élévation du niveau d’éducation des populations. Pour les opérateurs de l’enseignement supérieur, en particulier pour ceux qui envisagent d’investir dans des projets à moyen terme, il convient d’être bien informé de la situation des pays ciblés. L’étude des données démographiques et économiques peut parfois réserver des surprises et bouleverser des idées reçues, une analyse fine des projections est nécessaire.

Anne Righini


[1] http://paxter.eu/paxternext15years

[2] https://kess.kedi.re.kr/eng/index

[3] http://english.moe.go.kr

[4] Ibid.

[5] http://uis.unesco.org/en/uis-student-flow

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