LA FRANCE POURRAIT-ELLE MIEUX SAISIR LES OPPORTUNITES A L’INTERNATIONAL OFFERTES PAR L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ?

L’enseignement supérieur est aujourd’hui devenu un secteur économique à part entière, hautement compétitif et largement internationalisé. Face à ce constat, l’annonce par le Premier Ministre il y a quinze jours de la « stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux » est certainement l’un des signaux les plus positifs et les plus pertinents envoyés aux acteurs nationaux par le gouvernement actuel depuis son arrivée aux affaires.

Le point le plus saillant de cette stratégie est certainement l’augmentation des droits de scolarité pour les étudiants étrangers non-communautaires. Inutile d’insister sur l’importance de ces ressources nouvelles pour nos établissements, tant il est clair que le sous-financement chronique est le « talon d’Achille » de notre enseignement supérieur, dans sa remise à niveau comme dans son développement face à la concurrence internationale.

Mais au-delà, cette annonce démontre que l’Etat prend désormais pleinement en compte la nouvelle donne de l’enseignement supérieur et traite dès maintenant un de ses aspects essentiels : c’est en grande partie à l’international que va se jouer l’avenir de l’enseignement supérieur français et celui de nos établissements !

Qu’est-ce qu’un enseignement supérieur en bonne santé ? Parmi les éléments de réponse, on trouvera toujours les deux suivants :

  • Il propose à chaque étudiant une formation de qualité, cohérente avec ses aspirations mais aussi avec ses capacités et les attentes de la Société et qui le conduit donc à l’emploi ;
  • Il détecte les talents et il propose aux étudiants de plus fort potentiel des formations exigeantes qui les préparent à être les moteurs du progrès économique et social de demain.

Il est malheureusement clair que notre enseignement supérieur ne satisfait pas la première condition faute de moyens suffisants. En décidant dans les années 80 :

  • que plus de 80% d’une classe d’âge obtiendrait le baccalauréat,
  • qu’il n’y aurait pas de sélection à l’entrée de l’Université,
  • et que les études supérieures seraient gratuites,

Notre pays a en effet posé une équation socialement généreuse et ambitieuse.  Mais nous savons désormais que celle-ci n’a malheureusement pas de solution économique si l’on veut que toutes les formations proposées soient de grande qualité :

  • les étudiants nationaux n’accepteront pas facilement une augmentation significative des frais de scolarité ;
  • le corps social n’acceptera pas plus de pression fiscale, même pour un objectif aussi noble.

La recherche de nouvelles voies de financement est donc indispensable pour améliorer la performance de notre enseignement supérieur, en France comme à l’international, le remettre à niveau et lui redonner des marges de développement. Financement qui ne peut plus être assuré majoritairement par l’Etat et auquel ne pourront pas contribuer beaucoup plus les entreprises françaises.

Or depuis le début du siècle, le nombre d’étudiants dans le monde, et parmi ceux-ci d’étudiants solvables, croit de façon phénoménale ! PAXTER NEXT15 nous le confirme et montre bien que cette demande va venir principalement des grands pays « émergés », Chine et Inde, mais aussi d’autres pays d’Asie et dès aujourd’hui surtout d’Afrique. Elle résulte de l’émergence dans ces pays d’une classe moyenne de plus en plus nombreuse où les parents veulent impérativement offrir à leurs enfants des études de qualité et surtout conduisant à l’emploi, et sont même prêts à s’endetter pour cela. Bien sûr, ces parents rêvent d’une vie meilleure pour leurs enfants mais il y a une autre raison : ces pays ne proposent pas de système de retraite convaincant. Pour que les parents jouissent d’une retraite acceptable, il faut que les enfants puissent subvenir à tout ou partie de leurs besoins et aient par conséquent un « bon » emploi, bien rémunéré.

L’existence de cette demande croissante et de plus en plus solvable est donc, comme l’a souligné le Premier Ministre, beaucoup plus qu’un simple complément de ressources : c’est un changement de paradigme et une opportunité extraordinaire dont nos institutions doivent se saisir ! Signalons ici l’un de ses avantages induits : l’augmentation du PIB du pays d’accueil liée à la consommation des étudiants étrangers, qui est loin d’être négligeable comme le montre l’exemple de l’Australie.

Notre pays remplit par contre plutôt bien la seconde condition grâce à ses cursus sélectifs de haut niveau, en particulier les masters dits « internationaux » des Universités et les cursus des Grandes Ecoles. Cependant, il est clair que nos étudiants les plus brillants seront de plus en plus courtisés à l’international comme ils le sont déjà par exemple par les écoles fédérales suisses ou Imperial College. En outre, pour se préparer le meilleur avenir, ils rechercheront les institutions aux marques les plus fortes et susceptibles de leur proposer l’environnement humain le plus riche. La performance des établissements dans le recrutement de très bons étudiants internationaux, excellent indicateur de leur réputation, de leur niveau et de la qualité de leur environnement, sera donc l’un des critères majeurs du choix de leur lieu d’études.

En résumé, si nous n’augmentons pas notre attractivité pour les meilleurs étudiants étrangers, alors les meilleurs étudiants français nous fuiront. Et le même mécanisme jouera pour les meilleurs enseignants, les meilleurs chercheurs et le soutien des plus grandes entreprises. Or dans cette compétition avec les meilleures institutions de la planète, nos institutions ne sont ni les plus fortes, ni les plus riches, et leurs marques ne sont pas bien établies à l’international.

Dès lors, les principes de bases du marketing nous l’enseignent : si nous voulons survivre, maintenir notre rang, progresser, alors une condition nécessaire (mais hélas ! non suffisante) est d’être « unique» ! De proposer, et au meilleur niveau, ce que les autres ne proposent pas ou ne savent pas faire : c’est ce que font notamment les meilleures Grandes Ecoles françaises. En résumé, notre enseignement supérieur doit certes  impérativement proposer des formations de haut niveau mais plus encore s’appuyer sur ses points forts reconnus et ses cursus originaux, proposer un environnement de grande qualité et engager là aussi une véritable « démarche commerciale » vis-à-vis des meilleurs étudiants.

Trouver de nouvelles ressources financières en formant en France ou dans leur pays, et au juste prix, des étudiants étrangers solvables, attirer sur nos points forts davantage d’excellents étudiants étrangers non seulement pour conserver voire améliorer globalement notre réputation mais encore pour conforter nos meilleurs étudiants nationaux dans le choix de rester en France : voilà deux opportunités essentielles offertes par l’international à notre enseignement supérieur. Le Premier Ministre a donné il y a dix jours une impulsion forte dans ce sens. Il appartient désormais aux établissements de les mettre en œuvre, en particulier en initiant ou en amplifiant leur démarche « commerciale » à l’international, comme le font déjà par exemple, et à grande échelle, l’Australie et le Canada et leurs institutions.

Hervé Biausser, pour PAXTER

%d blogueurs aiment cette page :